Aston-Jontion: une recette comme à la maison
En ce début d'année 2012, je vais vous raconter une histoire inspirante, une histoire pleine d'espoir, d'entraide et d'humanité, celle de la communauté d'Aston-Jonction. Pour la première fois, je rencontrais M. Pierre Gaudet, maire depuis 20 ans de cette charmante localité de 400 habitants, pour discuter de développement. Et oui, le développement des communautés rurales est un sujet «chaud», les défis socioéconomiques sont nombreux pour les petites localités et ce, partout au Québec. Il y a de ces histoires qui méritent que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour en inspirer d'autres. M. le Maire a accepté de me livrer sa recette du développement, mais en spécifiant, très humblement, qu'il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans. «C'est une recette locale et c'est un travail d'équipe!» Sa recette a tout de même permis de bons coups, comme la réouverture du dépanneur (fermé depuis 1999), l'arrivée de nouvelles familles, ayant pour résultats l'augmentation de la population de 382 personnes en 2006, à 403 en 2010, l'ouverture d'un P'tit café (on y reviendra plus loin dans le texte), la mobilisation des citoyens pour conserver l'école, bref, je crois que sa recette mérite d'être transmise…comme une recette de grand-mère réconfortante !
UN RÊVE…UNE RECETTE
«Il faut avoir des rêves un peu fous et les partager avec d'autres pour qu'ensuite arrivent les idées plus réalistes». Pierre Gaudet, maire

La municipalité et les concitoyens se sont permis de rêver leur village, de le définir dans l'avenir, dans 5-10-15 ans. Une consultation publique a eu lieu, 70 citoyens étaient présents. «On veut que notre village soit un milieu de vie». Un comité de développement a été formé, constitué d'élus, d'organisations locales et de citoyens. Il y a une effervescence sociale à Aston-Jonction, une solidarité à toute épreuve devant les difficultés des uns et des autres. Car, au bout du compte, ce qui crée une communauté, ce sont les gens qui l'habitent et les leaders qui rassemblent, mobilisent et IMAGINENT L'AVENIR ensemble!
«RIEN N'EST IMPOSSIBLE!»
Tout a commencé avec la menace de la fermeture de l'école du village en 2005. La communauté s'est mobilisée. Comme dans plusieurs cas, c'est suite à un évènement qui touche l'ensemble des citoyens, le cœur de la communauté, que la mobilisation se crée, que les troupes s'activent, que les meilleures idées surviennent. L'objectif: «il fallait remettre des enfants dans l'école!». Un projet de développement résidentiel a été pensé, «donnons des terrains résidentiels pour permettre à des familles de s'installer chez-nous!». C'était osé comme pari. Une décision inusitée, puisqu'on l'a très rarement vu ailleurs. Mais devant les difficultés, M. le Maire est motivé, il est en recherche de solutions adaptées. Puis, arrive un évènement fortuit, un évènement dont rêve toute municipalité rurale. À l'émission Salut Bonjour, en 2006, le journaliste Dominic Arpin s'amuse à envoyer une fléchette sur la carte du Québec, tous les matins, pour s'y rendre dans la journée et faire découvrir ce coin de pays aux auditeurs. Le hasard fait d'Aston-Jonction la destination du journaliste! M. le maire décide donc de parler des terrains gratuits, quelle belle tribune! Une soixantaine de personnes appelle à la municipalité dans les jours qui suivent. Une journée «porte-ouverte» est organisée et tous les citoyens sont mobilisés pour présenter leur municipalité, leur milieu de vie et ses avantages aux visiteurs. «À bien y penser, de dire M. le Maire, cette journée a été plus bénéfique à la communauté elle-même qu'aux visiteurs. Ce fut davantage un événement rassembleur et de fierté localepuisqu'aucun des visiteurs n'a pris de terrains». Cependant, le bouche-à-oreille a fait son œuvre et, depuis 2006, six terrains ont été donnés à des familles, il en reste trois. Cela a créé un effet inattendu; les maisons à vendre dans le village se sont vendues. «Nous avons aussi développé un Programme de subvention pour la construction résidentielle sur les terrains vacants dans le village, ce qui a stimulé la construction». Aston-jonction souhaitait avoir plus d'enfants dans l'école. Et bien le pari est réussi, puisque le maire (à la blague) songe à organiser le «festival de la poussette», il y a maintenant 77 enfants âgés de 0 à 9 ans dans le village!
DES CONSÉQUENCES HEUREUSES…POUR LES CITOYENS!
L'ouverture du dépanneur en 2006 et du P'tit café (popotte) l'an dernier, dans le local d'à côté, est la conséquence heureuse du développement résidentiel. L'implication des citoyens, des jeunes retraités, des nouveaux résidants et des familles, dans la réalisation de ces deux projets, a généré une nouvelle mobilisation, en recréant des liens entre les citoyens. Le P'tit café est devenu le lieu de rencontre des gens. Le dépanneur et le P'tit café sont gérés par la Corporation de développement économique d'Aston-Jonction et les bénéfices sont réinvestis dans l'amélioration des lieux et pour la réalisation d'activités (exposition d'artisans, etc.). J'ai eu la chance de dîner au P'tit café lors de mon passage. Pierrette, Jeanne-d'arc et Aline m'ont accueillie chaleureusement, comme à la maison, la convivialité est de mise, tout le monde est le bienvenu, même les «étrangers». Ces dames sont très attachées à leur village. « C'est très valorisant pour nous de s'impliquer au P'tit café, c'est aussi notre social et on fait ce qu'on aime, on partage nos bonnes recettes». Un repas simple et digne des meilleures recettes de grand-mère m'a été servi.

Mme Jeanne-d'Arc Béliveau, M. Pierre Gaudet, maire, Mme Pierrette Morneau et Mme Aline Dionne.

En parlant de recette, un bon dosage de leadership, de travail d'équipe, de transparence, de tact, de rêverie, de vision, d'implication des citoyens, d'entraide, de recherche de solutions face aux défis, sont les ingrédients de la recette du développement de la communauté d'Aston-Jonction. Et, comme le font nos mères et grands-mères, les recettes faites avec beaucoup d'amour, ça goûte toujours meilleur!
Texte rédigé par:
Carolyne Aubin, conseillère en développement durable et communication, SADC de Nicolet-Bécancour.